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Etats-Unis 2025 participant
07 Mai, 2025

Être ou ne pas être arménien

Tissée au plus profond de la vie de nombreux Arméniens de la diaspora, il y a cette lutte constante : celle de rester arménien face aux pressions omniprésentes de l’assimilation. À mes yeux, c’est précisément cette lutte pour préserver son identité qui distingue fondamentalement les diasporiques de ceux qui sont nés et vivent en Arménie.

Il convient toutefois de souligner que cette lutte est un choix : être arménien est un acte volontaire à l’étranger, mais involontaire en Arménie. Pour une personne née en Arménie, élevée en parlant arménien, vivant, travaillant, mangeant et pensant arménien — l’identité arménienne va de soi. Certes, depuis son appartement à Erevan, une cigarette à la main, il peut rappeler que ses parents viennent du Chirak, qu’il parle leur dialecte, qu’il a bu leur eau — et cela le rend fondamentalement différent de son voisin, originaire du Lori. Mais ces distinctions restent internes : de région à région, de ville à ville, parfois même de village à village. Les habitants d’Arménie sont plongés dans une matrice arménienne, comme nous le sommes dans l’air — on ne remarque la respiration que lorsqu’il manque d’air ou que celui-ci est altéré.

Mais pour nous, les diasporiques éparpillés dans le monde, là où les Arméniens sont minoritaires, nous sommes hors de cette matrice, privés de cet « air arménien ». Nous sommes comme sous l’eau, ou perdus dans un gaz étrange — peut-être de l’hélium — et notre respiration devient volontaire. Souvent, nous retenons notre souffle, choisissant d’inhaler cet air arménien. Cependant, un peu d’hélium finit toujours par se glisser, même chez le patriote le plus dévoué : sa voix monte d’un ton, il mange son khorovats avec une sauce barbecue, et célèbre Noël le 25 décembre.

Dans un contexte culturel étranger, être arménien n’est plus seulement un fait : c’est un choix. C’est choisir d’apprendre l’arménien alors que l’on pourrait apprendre une langue plus « utile ». C’est préserver les traditions arméniennes malgré les obstacles, malgré l’inconfort, et parfois malgré les préjugés. Et c’est prendre la décision la plus difficile : consacrer son temps, ses espoirs et ses émotions à une nation menacée d’anéantissement.
Armenian Genocide Memorial, Tsitsernakaberd, Yerevan

Après vingt-cinq ans à choisir de lutter pour être arménien, je suis venu en Arménie avec le programme Birthright Armenia pour vérifier si ce choix en valait la peine. Est-ce que je répondais aux attentes ? Étais-je vraiment arménien, et cela valait-il la peine ? Ou aurais-je mieux fait de manger des hamburgers, de ne parler qu’anglais et de ne penser qu’aux États-Unis ? Je voulais savoir : être ou ne pas être arménien ?

Ce ne sont pas les paysages magnifiques qui m’ont convaincu — ni les forêts du Lori, ni les montagnes du Vayots Dzor. Ce n’est pas la nourriture délicieuse — le khorovats juteux, le spas onctueux, la compote fraîche. Ni l’hospitalité légendaire des inconnus prêts à t’accueillir, ni les monastères de pierre et leurs khachkars, ni l’histoire millénaire — rien de tout cela n’a été le critère décisif.

Non, ce qui me pousse à choisir d’être arménien, c’est la manière dont la communauté, qu’elle soit diasporique ou locale, exprime cette culture : en faisant évoluer son esthétique tout en préservant son essence, comme la lumière blanche se disperse en couleurs de l’arc-en-ciel à travers un prisme. Les visages, coutumes et accents des Arméniens du Liban, de Syrie, d’Iran, de Russie, d’Amérique, de France, du Shirak, du Lori, du Syunik, d’Erevan sont comme les rayons colorés issus d’une même lumière : chacun est un ton différent, mais tous restent lumière, éclairant la nuit quand je croise un regard familier au milieu d’étrangers.

Notre culture ne perd pas son identité quand elle intègre les coutumes de nos terres d’origine ou de résidence ; au contraire, elle devient un canal de partage. Les forêts du Lori me rappellent mes randonnées en Californie du Nord, alors qu’à mon ami franco-arménien, elles évoquent la Provence. À table, j’ajoute parfois un peu de sauce A1 à mon khorovats, tandis que mon ami syrien-arménien trempe le sien dans une sauce à l’ail. Et quand les volontaires de Birthright Armenia se réunissent pour discuter du changement, chacun apporte son expérience : je parle de la vision américaine de la vie privée, un autre partage le système éducatif russe, un troisième décrit le transport en Europe. Ces différences d’expression d’une même culture créent une forme unique, mais reconnaissable.

Chaque fois que je parle avec un Arménien d’une communauté que je ne connaissais pas — comme récemment un compatriote d’Argentine — c’est comme découvrir une nouvelle couleur dans cet arc-en-ciel. Une personne née en Argentine, parlant son espagnol, vivant ses traditions, et pourtant nous conversons en arménien sur nos fêtes et coutumes. Là où nous divergeons comme Argentin et Américain, nous résonnons comme Arméniens.

Dans la lutte pour préserver notre identité, nos influences étrangères enrichissent l’expression et la compréhension de la culture arménienne. C’est pourquoi je choisis d’être arménien, élevé en Amérique — pour ajouter ma couleur au spectre et reconnaître celles de mes compatriotes. Certes, cette diversité culturelle n’est pas unique aux Arméniens : chaque nation présente des différences internes. Mais nulle part ailleurs un dégradé n’est aussi vibrant et aussi global pour un peuple si petit. Nous ne sommes qu’environ 10 millions, et j’aime que les Arméniens existent dans toutes les couleurs imaginables.

Hovhannes Zadikyan

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