«La bande de Gyumri» pourrait résumer mon expérience, mais je veux partager quelques images mentales vives qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire.
Je suis arrivé au bureau de Gyumri et j’ai immédiatement ressenti la chaleur du groupe que j’allais bientôt appeler mes amis. Nous nous sommes présentés un par un, puis Khachik, notre coordinateur à Gyumri, nous a fait visiter les lieux. En entrant dans la cuisine, j’ai immédiatement reconnu ma cousine que je n’avais pas vue depuis plus de 15 ans. Ce même jour, j’ai appris que nous serions tous les deux bénévoles à l’ONG Alvan Tsaghik de Gyumri, travaillant ensemble sur l’aspect commercial du projet Tati Toon. Côte à côte, nous préparions des ateliers et enseignions la littératie économique aux femmes.
Après avoir vécu séparés toute notre vie — moi en Amérique, elle au Canada — ce fut une occasion unique de vivre dans le même quartier, de travailler dans le même bureau et de passer nos soirées ensemble, tout comme nos parents décrivaient autrefois l’Arménie : un lieu où les proches se réunissaient et profitaient des soirées d’été.
Une autre partie essentielle de mon expérience fut la danse. Elle est devenue le fil conducteur de mes meilleurs souvenirs. Lors de ma toute première excursion à Saghmosavank, nous avons formé un cercle en tant que grand groupe Birthright et, guidés par Larisa, nous avons dansé le Shourtchbar et le Yarkhushtaa. Pour la première fois, j’ai vraiment ressenti le poids et la splendeur d’être en Arménie. Dans cette danse, entouré de montagnes et d’histoire, je n’étais plus simplement en visite — j’étais chez moi, uni avec tous ceux qui m’entouraient.
La danse a repris une signification particulière le jour de mon anniversaire, environ trois semaines après le début de mon volontariat. Ce matin-là, en arrivant à mon lieu de travail, j’ai trouvé les élèves du camp d’été qui m’attendaient avec des sourires et une chanson — ils ont chanté « Sona yar », emplissant l’espace de chaleur. Pendant quelques minutes, enfants et bénévoles ont partagé une célébration simple mais inoubliable.
Plus tard dans la soirée, la joie s’est poursuivie lorsque nous nous sommes retrouvés dans un restaurant avec de la musique live. Entouré de bénévoles, de ma sœur d’accueil et de membres de la communauté de Gyumri, j’ai ressenti un profond sentiment d’appartenance. De nombreuses soirées par la suite ont gardé cette même magie — valsant près des fontaines chantantes, riant en transformant les espaces publics en fêtes. Même nos adieux furent marqués par la danse. Un souvenir qui restera à jamais est celui de la place Charles Aznavour, où nous avons joué sa musique et dansé une dernière fois ensemble sous le ciel ouvert.
Un des moments les plus marquants de mon séjour fut celui avec ma maman d’accueil. Vers la fin de mon temps à Gyumri, elle me dit doucement : « Tu prends des morceaux de mon cœur quand tu pars. » Ces mots sont restés avec moi. Ils ont changé ma façon de voir mon propre parcours : des morceaux de mon cœur sont dispersés à travers le monde, portés par les personnes et les lieux qui m’ont façonné.
Pour moi, cela prouve jusqu’où l’amour peut s’étendre et à quel point la communauté arménienne reste unie, malgré les distances. Au final, ce sont ces liens qui nous rendent entiers.