Quand j’ai découvert Birthright Armenia, je ne m’attendais pas à être à la fois encadré avec tant d’implications, et à être pourvu d’une forte liberté dans l’organisation de ma vie, de mon travail, de mon emploi du temps. Je me souviens que j’avais hésité, pendant plusieurs semaines, avant de contacter l’organisation et j’étais assez incertain quand à savoir si c’était une bonne idée de faire du volontariat pour une longue période, dans un pays dans lequel je ne suis jamais allé.
Mais j’ai décidé, lors de ma seconde année de Master 2 (Histoire recherche), qu’il était nécessaire parfois de sortir de sa zone de confort et oser de nouvelles expériences. Par ailleurs, j’ai trouvé que celle-ci serait une sorte de continuation après mes années de recherches historiques, étant donné que mon sujet porte sur la question arménienne en France pendant l’entre-deux guerres (1918-1939). Plusieurs raisons m’ont poussé à concrétiser ce volontariat. D’abord car je voulais obtenir une expérience sortant de l’ordinaire, avant d’entrer dans le monde du salariat en France. Je voulais découvrir un autre pays, un autre cadre, avant de me préparer au monde du travail, dans une autre société pouvant remettre en question mes repères et mes certitudes. Il y a aussi le fait qu’une partie de ma famille a vécu en Arménie soviétique plusieurs décennies, et qu’il était important pour moi de revenir sur les traces de ceux qui m’ont précédé, dans un pays que je n’avais alors connu que par le biais des cartes géographiques et des récits familiaux.
Au fil de la fin de mon dernier semestre de Master, puis pendant les vacances d’été, j’ai préparé mon séjour, que je voyais aussi comme un voyage initiatique, presque une aventure. Je suis arrivé à Erevan le 12 septembre dans la nuit, dans une famille d’accueil chaleureuse. Au début ce n’était pas facile, entre la barrière de la langue, les pratiques culturelles et relationnelles, l’alimentation, etc. Bien que cela me parut comme un choc culturel, je me suis progressivement habitué, et je ne regrette pas. A Erevan, j’ai travaillé à l’Alliance Française, où je tenais la bibliothèque, et au Courrier d’Erevan, où j’ai pu rédiger des articles en français pour les lecteurs francophones désireux de découvrir l’Arménie par le biais de la presse en ligne.
Mais en octobre, j’ai voulu tenté l’expérience de volontariat à Gyumri, une ville plus modeste, loin de l’esprit bourdonnant et trop centralisé d’Erevan. J’ai apprécie ce cadre, le climat y est plus rude mais quand même agréable. J’y suis resté jusqu’à la fin du mois de décembre, avant de retourner à Erevan jusqu’à la fin de janvier, car je voulais passer de nouveau du temps avec ma première famille d’accueil.
La capitale du marz du Shirak était pour moi un lieu passionnant de découvertes, autant sur les traditions que sur mes emplois en boulangerie sociale, en créations de petits bonhommes en bois, ou en partage de la langue française dans les écoles.
Là-bas, et en particulier à Gyumri, jamais je n’avais vu autant de neige, plus encore que durant mon enfance. Cela résonna en moi et me rappela d’insouciantes années d’enfance, à jouer dans la neige. Celles-ci, le temps au moins de quelques semaines, ressuscitèrent, avec ce plaisir spontané et hors du temps que de jouer aux batailles de boules de neige avec des amis et volontaires. J’ai apprécié, lors de mon séjour dans un village proche de l’Aragats, contribuer à bâtir en neige une version miniature du Mont Ararat en compagnie du petit garçon de la famille. Une autre fois, je bâtissais un château avec la petite fille de la famille d’Erevan et son amie.
Ce qui m’a plu dans le rapport entretenu avec les familles d’accueil, et en particulier avec les mamans, c’est qu’elles vous considèrent pleinement comme des leurs, un fils ou un petit-fils, cela d’abord m’a surpris mais me fit chaud au cœur. Quand j’étais parfois inquiet ou fatigué, elles ont été là pour me réconforter (par des paroles ou par de savoureux repas qui, assurément, vous font du bien).
J’ai également beaucoup apprécié découvrir d’autres volontaires (États-Unis, Canada, Iran, Italie, Syrie, etc.)et j’estime avoir concrétisé de véritables amitiés. Des français sur mon lieu de travail, comme des locaux arméniens ont aussi pu sympathiser avec moi, et j’ai toujours eu un accueil agréable sur mes lieux de travail.
J’ai bien sûr visité de nombreux endroits par moi-même de façon classique. Par exemple, je suis allé une fois à Nubarachen, où vécut autrefois ma famille. Des inconnus m’ont accueilli avec du bortsch et du basturma, alors que nous parlions des aïeuls et des trajectoires familiales (la mienne provenant initialement des territoires actuellement turcs de l’Arménie occidentale).
Si vous me lisez et que vous hésitez à venir faire votre volontariat, je ne peux que vous recommander fortement de sauter le pas. Assurément, vous ne serez pas dans votre zone de confort, en particulier au début, mais vous vous habituerez vite. Et que vous ayez des origines arméniennes ou non, rassurez-vous, les gens seront très accueillants avec vous. C’est un peuple patriote, fier en dépit des épreuves historiques, mais aussi ouvert aux gens ouverts et heureux de découvrir leurs traditions et leur histoire. Le pays est face à des enjeux politiques de taille, a besoin se développer, et voir des jeunes gens curieux de l’étranger ne peut qu’aider sa population à retrouver de l’engouement et de l’espérance pour son avenir. Բարի գալուստ Հայաստան !
Elie Guetchrian
էլի Գեչերիան